LA PHONÉTIQUE
 
 
Introduction
1. Définition générale
1.1. La phonétique physiologique
1.2. La phonétique acoustique
1.3. La phonétique perceptive
2. Interdisciplinarité de la phonétique
3. La transcription phonétique
3.1. Les principes de la transcription
3.2. Pourquoi la transcription phonétique
3.3. constations
3.4. La transcription des sons du français
3.4.1. Les consonnes
3.4.2. Les voyelles
4. La distinction entre phonétique et phonologie
Conclusion
 
 

 
Introduction
Qu'est-ce que la phonétique?
A quelles disciplines se réfère-t-elle?
Comment se situe-t-elle par rapport à la linguistique?
Quels sont ses domaines d'application?
Cette introduction devrait fournir un début de réponse à ces questions.

 
1. Définition générale
La linguistique est l'étude du langage considéré comme un moyen de communication et d'expression.
La phonétique est la science qui étudie les sons du langage.
La phonétique s'occupe de l'expression linguistique qu'elle considère comme une structure (ou forme). Elle laisse de côté les réalisations possibles mais non sonores tels que le langage des signes, le langage écrit, les signaux des marins etc. puisque d'une part, nous considérons que ces autres manifestations sont secondaires par rapport à la parole articulée dont elles ne sont, le plus souvent, que des répliques, et d'autre part, elles posent beaucoup moins de problèmes extralinguistiques que les sons du langage. Il s'en suit de notre définition que nous excluons a priori de notre domaine tout système de communication qui n'a pas le caractère doublement articulé (que nous avons choisi, arbitrairement comme trait distinctif du phénomène appelé langue).
Or, pour rappel, nous ne considérons comme linguistique que ce qui résulte d'un choix. Ainsi, le timbre de la voix que nous ne pouvons éviter lorsque nous parlons ne sera pas pris en compte.
D'autre part, les sons expressifs non linguistiques tels que la toux, les soupirs, le baiserÖ seront donc écartés du champ d'investigation de la phonétique même s'ils peuvent entrer en jeu dans des situations communicatives.
L'Abbé Rousselot ( Principes de phonétique expérimentale, I, nouv. ed. 1924, p. 35) le fondateur de la phonétique décrit la tâche essentielle du phonéticien de la façon suivante: "Savoir écouter et comparer, c'est tout l'art du phonéticien".
Il faut donner au verbe "comparer" le sens d'opposer et d'identifier ; nous avons alors une bonne description du mécanisme de réception du langage humain. C'est justement la tâche essentielle du phonéticien derendre compte de ce mécanisme. L'acte d'écouter la parole comprend Réception physiologique et interprétation linguistique.
Prenons le circuit simplifié de la communication :

Les processus d'encodage et de décodage n'intéressent pas le phonéticien.
En phonétique on distingue trois niveaux à partir de l'émission, de la transmission et de la réception :

 
1.1. La phonétique physiologique
En s'appuyant sur l'anatomie et la neurologie la phonétique physiologique s'attache plus particulièrement aux deux mécanismes suivant :
- la phonation (émission) : tente de répondre à la question : comment produit-on un son ? Avec la phonétique articulatoire, on va décrire la production des sons du langage dans l'appareil phonatoire humain ;
- l'audition (réception) : avec la phonétique auditive, on cherche à décrire les possibilités de l'oreille humaine et la réaction de l'homme aux stimuli acoustiques utilisés dans la langue.

 
1.2. La phonétique acoustique
La phonétique acoustique analyse les sons comme phénomènes physiques ; l'émetteur n'est pas pris en compte. Cette branche s'est développée grâce au progrès technique. C'est la physique du son qui s'intéresse à la question : qu'est ce qu'un son?

 
1.3. La phonétique perceptive
La phonétique perceptive en essayant de répondre à la question comment perçoit-on un son, on s'intéresse à la réception et à l'intégration des sons du langage ; elle se réfère aux théories acoustiques de l'audition, à la psychologie sensorielle et expérimentale, à la psychophysique.
Pour résumer voici le schéma suivant:

Le lien entre la phonétique physiologique et acoustique est maintenant bien établi. mais des problèmes subsistent en phonétique perceptive, car il y a de grandes variations individuelles (âge, audition diffère d'un individu à un autre, etc.).
La phonétique devenue une science expérimentale depuis la fin du XlX°s, ne se limite pas aux aspects cités en haut. Son champ d'investigation est vaste et couvre :
- La phonétique diachronique (historique, évolutive) : étudie l'évolution, les changements subis par les sons d'une ou plusieurs langues au cours du temps. ex : le passage du [r] au [R]. Le [l] et le [r] étaient souvent confondus ; d'autre part, le [r] est très difficile à réaliser (c'est un des sons les plus durs à prononcer), si bien qu'un jour on a opté pour le [R]. Le changement s'est fait progressivement et n'est d'ailleurs toujours pas terminé.
- La phonétique synchronique (descriptive, statique) : s'intéresse aux caractéristiques d'une langue à un moment donné de son histoire dans un lieu précis. ex :le français toulousain en 1990
- La phonétique normative (orthoépie, diction) et phonétique objective : la première est soi-disant la science de la prononciation correcte, la seconde se contente de décrire ce qui se passe.
- La phonétique corrective (ou orthophonie) : étudie les moyens de corriger ou de parfaire la prononciation. C'est un secteur de la phonétique appliquée, qui s'étend également aux télécommunications, à la technique des sons, à l'enseignement des langues, à l'entraînement de l'ouïe et à la pathologie du langage.
Ce qui nous donne un tableau plus complet de la phonétique :

 
2. Interdisciplinarité de la phonétique
La phonétique est par conséquent un domaine très large ayant beaucoup d'aspects différents. Par ailleurs, elle ne vaut que lorsqu'elle est appliquée à autre chose.
Elle s'inspire de disciplines qui lui sont nécessaires tels que :
- la physique (description physique des sons),
- la psychologie,
- la physiologie (pour les organes qui rentrent en jeu lors de la phonation),
- la sociologie (lors des enquêtes effectuées sur la population),
- la cybernétique (science des organismes indépendamment de la nature physique des organes qui les constituent).
D'un autre côté, elle contribue au développement d'autres disciplines comme
- la didactique des langues (accélérer l'apprentissage de la prononciation),
- l'audiométrie (on étudie la gamme de fréquences de la parole pour faire des appareillages pour les malentendants),
- la pathologie du langage (tableau de la phonation),
- les télécommunications
- l'informatique (traitement automatique, voix de synthèse).
La phonétique apparaît donc comme une science fondamentalement interdisciplinaire.

 
3. La transcription phonétique
3.1. Les principes de la transcription
Il faut imaginer que l'on se trouve dans un pays étranger sans aucune connaissance de la langue locale avec la mission de décrire cette langue. Il va être important de garder une trace écrite de ce que l'on entend pour constituer un corpus d'énoncés sur lesquels on va travailler. Le phonéticien a en effet besoin de noter ce qu'il entend. Pour cela, il va utiliser une sorte d'alphabet où chaque symbole va correspondre à un seul son.
Le grand principe est donc le suivant :
noter chaque son à l'aide d'un seul caractère et inversement, chaque caractère ne désignera qu'un seul son.
Il existe deux types de transcription :
La transcription phonétique sert à noter les sons que l'on perçoit. La transcription phonologique sert à noter les phonèmes ; c'est donc une transcription plus abstraite que la transcription phonétique.
Pour les différencier, on utilise des crochets pour la phonétique et des barres obliques pour la phonologie.
Remarque : Il n'y a pas de ponctuation dans la transcription phonétique, ni de majuscule. Le découpage n'est pas nécessairement fait.

 
3.2. Pourquoi la transcription phonétique
1 - On n'écrit pas comme on parle
2 - On ne prononce pas comme on écrit.
La différence entre le code graphique et le code de prononciation est trop importante surtout en France.
ex :

 
3.3. constations
- grande économie : 1 son <-> 1 caractère
- logique : 1 son = 1 caractère et 1 caractère = 1 son
- disparité de l'orthographe

 
3.4. La transcription des sons du français
3.4.1. Les consonnes
[p] pas [pa]
[b] bas [ba]
[t] tas [ta]
[d] dos [do]
[k] qui, kilo, cas [ki], [kilo], [ka]
[g] grand, gai, guitare [gRÆ], [gè], [gitaR]
[f] feu, phoque [f], [fCk]
[v] violon, wagon [vjolô], [vagô]
[s] sel, scie, tasse, cigale [sèl), [si], tas], [sigal]
[z] zèbre, muse [zèbr], [myz]
[H] chat [Ha]
[G ] jeu, tige [GO], [tiG]
[m] maman [mamÆ]
[n] nez [ne]
[N] agneau [aNo]
[M] parking [paRkiM]
[l] loup, allée [lu], [ale]
[R] (uvulaire) ou [r] (roulé) rat [Ra] ou [ra] 3.3.2.Les semi-consonnes
[j] pied, abeille, paye, ail [pje], [abèj], [pèj], [aj]
[w] voix, ouate, kiwi, mouette [vwa], [wat], [kiwi], [mwèt]
[U] huit, nuit [Uit], [nUi]

 
3.4.2. Les voyelles
[i] nid [ni]
[y] rue [Ry]
[u] loup [lu]
[e] dé, chez [de], [Hé]
[è] mer, fête [mèR], [fèt]
[O] feu, heureux [fO], [ORO]
[ú] soeur, fleur [súR], [flúR]
[e] le, madame (en méridional) [le], [madame]
[o] sot, beau, au [o], [bo], [o]
[C] sotte, faute [sCt], [fCt]
[a] patte [pat]
[æ] pâte [pæt]
[î] pin, main, brin, peinture [pî], [mî], bRî], pîtyR]
[ñ] un, brun [ñ], [bRñ]
[ô] pont, bombe [pô], [bôb]
[Æ] banc, ambre, emprunt [bÆ], [ÆbR], [ÆpRñ]
Remarque : Problème du e instable
tout "e" de la graphie qui :
- ne se prononce pas [e] ou [è]
- ne fait pas partie des digraphes ou trigraphes comme "eux", "eu" Ö
Règle pour le français non méridional :
- disparaît en finale
[kok] = le coq ou la coque
sauf dans 3 cas :
- impératif + pronom personnel postposé : ex : prends-le !
- "ce" dans "sur ce, je m'en vais"
- dans "parce que" en réponse à pourquoi :
"Et parce que"
- disparaît là où sa disparition ne mettra que 2 consonnes en contact :
ex : "paletot" = [palto]
"grandement" = [grÆdmÆ]
- a tendance à se maintenir quand sa disparition mettrait en contact 3 consonnes ou plus : "âpreté" = [apreté]
"prestement" = [prèstemÆ]
- Tous les sons peuvent se combiner entre eux, qu'ils s'agissent du même son (ex: "coopération" = [koopérasjô]) ou de deux sons différents (ex : "aorte" : [aCrte])
Or le [e] peut précéder une autre voyelle mais ne peut pas la suivre : ex : "une hache" [yneaH], "le hêtre" [leètr].

 
4. La distinction entre phonétique et phonologie
la phonétique occupe une position clé dans l'analyse scientifique de la langue. Elle est notamment indispensable à l'étude fonctionnelle des différents éléments constitutifs de la parole ; cette orientation particulière de la phonétique s'est développée en une science, intermédiaire indispensable entre la phonétique et les autres aspects de la linguistique: la phonologie (phonétique fonctionnelle).
la distinction entre phonétique et phonologie, Nous envoie à la définition des termes langue, parole, phonèmeet son, telles qu'elles ont été formulées pendant la première moitié du siècle par Saussure et Troubetzkoy. Selon Saussure (1955), la langue se présente comme un "système dont tous les termes sont solidaires"; la parole est "un acte concret et individuel des sujets usant du système".
A partir de cette dichotomie langue-parole, Troubetzkoy (" La science de la face matérielle des sons du langage humain " (1964 ; 11) établit la distinction, et même l'opposition (aujourd'hui abandonnée), entre la phonétique, qui étudie les sons de la parole sans se soucier de leur rôle dans la langue à laquelle ils appartiennent, et la phonologie, qui les étudie en fonction de leur rôle dans cette langue. En d'autres termes, la phonologie est à la phonétique ce que la langue est à la parole.

Le nombre de phonèmes d'une langue est trèslimité (ne dépassant que rarement une cinquantaine) d'unités phoniques, appelées phonèmes, et organisées en un système économique, cohérent et équilibré.
Ce système fonctionne sur la base d'oppositions des divers éléments. On peut donc considérer l'expression de Saussure: "dans la langue, il n'y a que des différences", comme le point de départ de la phonologie. Parler, c'est opposer des sons. La distinction entre phonétique et phonologie nous permettra d'expliquer la différence entre le son, représenté entre crochets [ ], et le phonème, représenté entre barres obliques //

Le phonème est un concept, une unité de langue et non de parole. Il concerne la forme et non la substance. C'est la plus petite unité phonique fonctionnelle(et non le plus petit élément phonique, car le phonème est une unité complexe, une combinaison " de traits pertinents" (Martinet), un "faisceau d'éléments différentiels" (Jakobson 1976) tels que sonorité, surdité, mode d'attaque, labialité, nasalité, durée,etc.) on dit encore distinctive, pertinente. Concrètement, un phonème peut donc se réaliser en des sons différents (appelés variantes, réalisations phonétiques, allophones).
Tout comme les éléments de la langue écrite, les lettres, pour servir à transmettre des contenus, doivent être différenciés les uns des autres par un certain nombre de caractéristiques (cf. m et n, p et b, t et f où certains traits sont les mêmes, d'autres par contre différents et par conséquent différenciants), les phonèmes d'une langue doivent aussi être différenciés entre eux sur certains points (et identiques sur d'autres).
Ainsi, /z/ et /s/ sont deux phonèmes en français (caser ~ casser; raser ~ racé; rose ~ rosse) mais pas en espagnol où [s] et [z] constitue un seul phonème /s/; par contre, l'espagnol distingue, d'une part, la vibrante sonore battue /r/ et, d'autre part, la sonore roulée/r/ (pero Iperol " mais " ( perro [pero] " chien ") alors qu'en français, il n'existe qu'un seul phonème/r/, qui se réalise en diverses variantes .
Et de la même manière que les lettres peuvent apparaître sous des formes variées mais avec une fonction identique (s et S, t et T, r et R), les phonèmes se manifestent aussi par des variantes dont l'étude incombe au phonéticien(par exemple la différente réalisation du phonème r, comme postérieur ou comme antérieur, dans différentes régions de la France.
Le tableau suivant résume la distinction entre phonétique et phonologie :

Voici, à titre indicatif, le nombre de phonèmes de quelques langues : français, 36 ; espagnol, 24 ; espagnol d'Amérique, 22 ; italien, 30; néerlandais, 36 ; anglais, 44 (y compris les diphtongues); allemand, 36.

 
Conclusion
1. Les trois domaines essentiels de la phonétique, science (interdisciplinaire) des sons du langage concernent:
- l'acoustique, étude physique des sons ; - la physiologie, étude des mécanismes audio-phonatoires; - la perception, étude de la réception et de l'intégration du message.
2. Si la phonétique étudie la nature des sons, la phonologie étudie leur fonctionnement.
Le phonème est la plus petite unité fonctionnelle (distinctive) d'un système phonologique.
Objectifs fondamentaux de cette introduction
Cette introduction avait pour objectif de rendre capable :
- de définir les trois secteurs fondamentaux de la phonétique expérimentale ;
- de définir les champs d'investigation de la phonétique diachronique, synchronique, normative et appliquée ; - d'énumérer les principales disciplines indispensables à l'abord de la phonétique et quelques-unes qu'elle contribue à expliquer ;
- de situer la linguistique parmi ces disciplines ;
- de distinguer la phonétique de la phonologie ;
- de distinguer, par des exemples, sons et phonème, en recourant à la notion de variante;
- de définir le phonème en recourant aux notions de traits distinctifs et de système phonologique.